Il est 23h40, un samedi soir comme tant d'autres, plus animé cependant. Deux films vus, très différents, enrichissants. Good Morning England, qui sans la fin serait parfait, et The Darjeeling limited, très bon également, mais dans un tout autre registre. Mais sur ces points je ne m'étalerai pas. Car un samedi reste un samedi, et les miens, depuis le début de l'année, sont souvent exécrables.
C'est le jour où je ne fais rien, sinon naviguer sur internet, me détruire les yeux devant mon écran et penser à la semaine qui suit. Ouvrir un agenda plein, et l'observer simplement, sans songer à réduire la masse de travail. C'est un jour sans lecture, sans enrichissement personnel : un jour d'ennui, de doutes, qui passe vite et ne se laisse pas savourer. Le dimanche arrive, on se lève tard, on attend qu'il fasse nuit pour travailler, et la journée entière passe plus vite qu'une heure de cours de maths. On travaille, peu et mal.
Mais l'été vient bouleverser ce fragile équilibre : les jours sont plus longs, plus chauds, moins paisibles. La chaleur, que j'exècre, est partout, le soleil est brûlant, accablant, insensé...L'allergie fait son entrée, les mouchoirs s'enchainent de même que les éternuements, et une grande fatigue s'installe. Voilà précisément où j'en suis : une période difficile pour moi autant qu'elle plait à bien d'autres. L'année s'achève presque, et j'ai peut-être tenu plus longtemps que d'habitude. Mais à l'heure qu'il est je lutte pour supporter ce qui m'entoure, un tout pesant.
J'ai beaucoup travaillé la semaine dernière pour bien peu de choses. Passer six heures sur un travail, et perdre plusieurs points sur un seul schéma, parmi un ensemble de 12 pages tapuscrites. Faire perdre alors des points à celle qui travaillait avec moi, par négligence. Passer au moins autant de temps à réviser des cours d'histoire, pour faire d'énormes confusions sur la copie, broder évasivement et servir un tissu d'inexactitudes. Réviser environ cinq heures des chapitres de physique-chimie pour un devoir commun et passer trois quarts d'heure à se remettre en question en bloquant sur un système d'équations vicieux. Croire qu'on va avoir 4 et se contenter du 10 qu'on reçoit, mais qui proportionnellement aux révisions ne peut pas être véritablement considéré comme une réussite. Des regrets qui font partie d'un ensemble d'insatisfactions passagères qui s'ajoutent au fil du temps.
Mais je me lasse également des gens. On étudie Molière, je deviens misanthrope, et suis fatigué par des commérages, des enfantillages toujours plus nombreux. Je suis fatigué par le jeu des apparences, qui se fait parfois oppressant, chose dont j'étais protégé l'année dernière. Je suis fatigué de constater que certains voient le bac de français comme un but ultime dans une matière qu'ils oublieront sitôt qu'elle sera terminée. Des gens qui réviseront beaucoup, liront par nécessité, et brilleront certainement, affichant fièrement leur érudition éphémère. Ces mêmes personnes qui jouent la rébellion, affichent leur désintérêt pour les cours de français, ne lisent pas les œuvres, brassent des idées trouvées sur Google...
C'est dans ces moments-là que le cinéma est ressourçant, que la musique est agréable, mais que la lecture surtout devient un plaisir inévitable, un moyen de lutte contre une réalité qui, momentanément, parait lourde. Je me plonge dans Sartre, et m'évade loin, bien loin, comme un bohémien, à l'instar de Rimbaud.
